Philippe FREY est actuellement probablement le meilleur spécialiste des déserts dans le monde.

Il aura parcouru, durant ses expéditions à la limite de la survie les plus grandes zones arides de la Terre…

40 000 kilomètres! C’est ainsi la plus grande distance parcourue seul sur terre -et non sur mer- au cap, à la boussole, hors des chemins battus.

1 doctorat et 3 masters. Près de 20 ouvrages. L’étude suit de près la marche.

Pourquoi? Pour mieux comprendre les règles de survie de l’Homme face à la nature. Et surtout pour comprendre comment la Vie a pu naître et s’accrocher là où on ne l’attend plus du tout.

Depuis plus de 30 ans, l’aventurier scientifique fouille, explore, conduit ses chameaux ou ses chevaux dans les zones les plus reculées de la Planète. Chaque pas, presque apporte une découverte sur l’origine de la botanique, de la faune et des premiers hommes…

Et pourtant, chaque habitant de la Terre vit dans sa propre culture sans penser à l’autre. Sans penser au lendemain. Sans penser à la nature qui lui permet encore aujourd’hui de subsister

Pourquoi les déserts ?

Le désert. Pourquoi s’intéresser aux déserts? Pour chacun, c’est un lieu sans vie, sans odeur, sans action… Bref, on imagine déjà une antichambre du purgatoire. Ils représentent pourtant 1/5 ème de la planète… auxquels l’homme moderne ne comprend rien. Et encore ne s’agit-il que des déserts chauds. Si on y ajoute les déserts froids -Arctique, Antarctique, Sibérie, etc…- c’est la moitié des terres émergées à laquelle nous -vous- ne comprenons rien!

Or, quand on le connaît -mais peut-on vraiment le connaître?- un désert est un lieu fabuleux où on est à chaque fois frappé par une vie éphémère là où on ne la pressent pas. Il peut s’agir d’une touffe d’herbe ou d’un buisson planté dans le sable. Ou d’un acacia noueux là où ses racines espèrent trouver très profondément un semblant d’humidité. Des scarabées noirs surgissent à la nuit tombante à la recherche de spores vieilles de milliers d’années mélangées aux grains de sable. Leurs pattes griffues grattent toute la nuit contre les bagages épars du bivouac…
Parfois, il peut s’agir d’une souris de désert à longue queue -une gerbille- qui s’agite et saute en tous sens à toute heure de la nuit. On aperçoit parfois ses yeux luisants et rapprochés à la seule lueur des milliards d’étoiles.
Plus rarement, c’est un scorpion qui cherche un peu de chaleur et qu’on trouve, translucide, à l’aube, niché sous une couverture. Ou encore une vipère des sables lovée.

Dès les premières heures où on aborde le désert, on est donc frappé par la vie. Et non pas par l’absence de vie. Même si, bien sûr, il existe des portions totalement abiotiques ou presque -c’est à dire sans vie- de ci de là.
De plus, on ne peut aborder le Sahara qu’avec des dromadaires -que tout le monde appelle chameaux. On n’est donc pas seul, puisqu’on ne peut voyager loin de tout que grâce à ces animaux à la gueule invraisemblable!
Etrangement, le chameau ne peut vivre sans l’homme au Sahara… même s’il n’est jamais qu’un animal semi-sauvage… (ou semi-domestiqué). Pourquoi? Car on n’a jamais vu un chameau puiser l’eau d’un puits de quinze mètres! Et l’homme ne peut vivre sans cet animal qui lui fournit le lait des mamelles des femelles. Mais également des poils pour tresser des cordes. Justement. Ou des poils -encore- pour tisser des burnous qui protègeront du froid la nuit en hiver. Exceptionnellement, on sacrifiera un jeune mâle pour la viande. Et surtout, bien sûr, le chameau permet de traverser le Sahara le long des pistes chamelières, de transporter ballots et marchandises indispensables… et de se transporter soi-même en montant sur une selle rustique.

Toutes les nuits, le chamelier n’est donc jamais seul dans le désert. Puisque ses bêtes paissent ou ruminent toujours à quelques pas. Souvent, leurs roulades menacent d’écraser le dormeur assoupi. Leurs remugles de broussailles prédigérées et ramenées dans la gueule pour être ruminées puent souvent horriblement. S’y ajoutent les crottes luisantes et les longs pets. Et certes, les nuits dans le désert ne seront jamais solitaires!
Mais c’est ce bizarre équilibre entre un animal antédiluvien et un nomade qui le connaît parfaitement qui fera que l’un pourra survivre grâce à l’autre. Survivre durant le temps d’une traversée ou d’une caravane. Mais survivre également et perdurer également pendant des siècles, voire des milliers d’années. Ce qui est non moins étonnant. Car les sociétés de désert sont certainement les plus vieux peuples du monde. Alors qu’un occidental qui ne connaît pas ce milieu aride ne pourra espérer y subsister que quelques heures. Les Bushmen du désert du Kalahari, les Aborigènes d’Australie, les Amérindiens des déserts nord ou sud-américains… les Afars du désert danakil ou les nomades du Sahara représentent certainement les plus vieux peuples du monde!

On fait donc ce bizarre constat: non seulement il y a de la vie dans le désert. Mais cette vie permet à l’homme d’y perdurer. Alors qu’à priori, nous pensons tous qu’un désert est « désertique »…
Evidemment, on ne trouve pas de tout à chaque pas. Et les ressources seront souvent limitées: les plantes -que broûtent les animaux- sont rares. C’est pour cela qu’il faudra se déplacer souvent pour les trouver. C’est ainsi qu’on devient nomade! Ce sont d’ailleurs certainement plus les chameaux qui sont nomades que l’homme qui les accompagne dans leur pastoralisme !

Enseignement :

– maître de conférence associé à mi temps depuis octobre 2002 à l’Université de Mulhouse(UHA)
– chargé de cours depuis 1997 à l’Université Marc Bloch de Strasbourg, responsable d’enseignement à l’institut d’ethnologie (licence et maîtrise d’ethnologie)
– responsable de l’enseignement ethnologique au CTE (deug et licence de sociologie) (Université Marc Bloch de Strasbourg)
– intervenant à l’ITIRI (Institut des relations internationales de Strasbourg)